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03 Fév 2008 
Oui, enfin le Chat... Il parait que le titre est trop banal.

Vous connaissez le Chat? La petite histoire policière que j'ai écrite il y a quelques temps? Et qui se déroulait en Angleterre, vers la fin du XIXème, ou début du XXème siècle?
Enfin, bref, j'ai commencé à la reprendre dans un contexte de science-fiction et j'ai réécrit le début du premier chapitre.
Voyons ce que ça donne...

Voici le passage dans l'ancienne version :



- Qu’attendez-vous de moi exactement, madame?
- Mademoiselle Sarah Andrasie, rectifia la jeune femme. Je veux tout simplement que vous retrouviez l’assassin de mon beau-frère, Charles Lafargues.
La jeune femme avait une voix presque autoritaire. Elle portait un tailleur bleu clair strict. Ses cheveux blonds était courts. Tout en elle respirait la femme moderne, travaillant dans les affaires.
- Mais ne m’avez-vous pas dit que votre sœur avait appelé Scotland Yard? insista Lord Clarence John Ascroft.
- Oui, en effet, je l’ai dit. Mais je n’ai aucune confiance en la police, ce sont des incapables.
Lord Ascroft sourit.
- C’est peut-être le cas pour certains, mais pas pour tous, heureusement.
- Si c’est de l’argent que vous voulez, ne vous inquiétez pas, vous aurez ce qu’il vous faut.
Le jeune Lord se mit à rire.
- De l’argent? J’en ai à foison! Croyez-vous donc que je ferai ce dangereux travail si ce n’était que l’argent qui m’intéressait?
Mlle Andrasie baissa les yeux, sa remarque était en effet assez idiote.
- Bien, dès demain je serais chez vous, reprit le jeune homme. A quelle adresse?
- Black Friairs Road.
- J’y serais.
Lord Ascroft raccompagna la jeune femme jusque devant l’entrée. Il lui tendit sa main qu’elle serra vigoureusement, avant de partir d’un pas rapide.
Lord Clarence rentra dans son home de Baker Street et alla décrocher son téléphone, demandant Scotland Yard.
- Est-ce que l’inspecteur Simon Bleacher est là? demanda-t-il.
- Je vous le passe tout de suite.
Enfin le jeune homme entendit la voix de son ami.
- Bleacher? Êtes-vous au courant de l’assassinat de Charles Lafargues, le Français?
- Je dois me rendre demain à son domicile.
- On vient de me proposer l’affaire.
- Qui? demanda le flegmatique policier.
- La sœur jumelle de sa femme.
- La sœur aînée de la victime a requis l’aide de Gilford Caspurian.
Une vive colère gagna le jeune homme.
- Mais on ne m’avait rien dit!
- Cela s’explique facilement. La dame était dans le bureau de notre détective national il y a un instant. Caspurian vient juste de m’appeler pour me poser la même question que vous. Vous n’avez que quelques seconde de retard cette fois, milord!
- Cela ne change rien, il est toujours là, chaque affaire que je commence, il la termine!
- Cela signifie que vous êtes sur les meilleurs affaires.
Le jeune garçon soupira.
- Mon cher Bleacher, dit-il en riant, votre optimisme est étonnant.
Sur ces bonnes paroles, les deux hommes se dirent au revoir et Lord Ascroft raccrocha le combiné.




Plutôt court, hein? Voici le passage correspondant dans la deuxième version :



« Qu’attendez-vous de moi exactement, Madame ? »
Sarah se sentit insultée. Ce jeune Lord effronté faisait semblant de ne pas la connaître, elle en était presque certaine ! Dans la New-City, tout le monde savait qui dirigeait vraiment la Lafargues Corp. Sarah dévisagea le jeune homme en reniflant avec mépris. Il n’était pas extrêmement grand, pas vraiment large d’épaule, pas franchement impressionnant. Il était peut-être joli garçon, avec son visage avenant, ses yeux noirs et ses boucles de jais, mais Sarah décida que c’était tout ce qu’il avait pour lui. Qu’il était agaçant, affalé dans ce magnifique fauteuil en cuir noir, au milieu de ce gigantesque bureau immaculé. Il souriait aimablement, mais Sarah le soupçonnait de ne pas être sincère. Ce petit rat répugnant qui avait tout acquis à la naissance ! La richesse, l’élégance, des traits délicats… Tout lui était tombé dessus à sa naissance. Alors que Sarah, elle, avait dû trimer pour en arriver là où elle en était. Une arriviste ? Oui, c’était cela même ! Et alors ? Elle avait encouragé sa sœur à épouser le patron de sa boîte, et après ? Elle n’avait fait que profiter d’un cadeau de la providence. Et après, elle avait travaillé dur pour montrer qu’elle était la meilleure collaboratrice dont Lafargues pouvait rêver. Mieux, elle lui avait montré qu’elle était digne de confiance et qu’elle était encore meilleure que lui. À tel point qu’il l’avait finalement laissée prendre tout en main. À présent, Sarah Andrasie était la femme d’affaire la plus riche de Minstrel et également la plus redoutée. Alors ces petits salopards de nobles, elle ne pouvait pas les sentir.
Cependant, un de ses collaborateurs les plus fiables lui avait vivement recommandé le jeune détective privé Lord Clarence John Ascroft. Alors elle était venue à lui.
« Mademoiselle Sarah Andrasie, rectifia enfin la jeune femme en carrant ses épaules sur le dossier de son fauteuil. Je suppose que vous avez déjà entendu parler de moi.
- Oui, bien sûr, bien sûr, répondit le jeune homme d’un air distrait, ce qui rendit Sarah encore plus méfiante.
- Je suis venue vous voir parce que je veux que vous trouviez l’assassin de mon beau-frère, Charles Lafargues.
- Tiens donc… »
Sarah fut choquée par le ton du jeune homme. Il avait l’air étonné ! Comment devait-elle le prendre ? À part comme une insulte, elle ne voyait pas bien…
« Attendez une minute. »
Lord Ascroft se redressa et sembla devenir un peu plus sérieux, comme s’il venait juste de se rendre compte qu’il avait affaire à un gros client.
Et de fait, il venait de s’en rendre compte. Clarence était complètement ignare en matière d’économie et de finance et il ne connaissait pas du tout Sarah Andrasie. Cependant, le nom de Lafargues l’avait titillé, car tout le monde savait que Lafargues était la plus grosse boîte de Minstrel. Et tout le monde savait que Charles Lafargues, son grand patron, venait d’être assassiné et que l’on avait mis un agent de Scotland Yard Annex sur le coup, rien que ça !
Clarence alluma la console de son bureau et tapa le nom de Sarah Andrasie sur son clavier holographique. Une foule d’informations s’afficha sur son écran et il les lut rapidement. Après quoi, il éteignit la console pour s’intéresser à sa visiteuse. Il planta ses yeux noirs dans les siens, bleu électrique.
« La première personne que je soupçonnerais, ce serait vous. »
Le sang de Sarah ne fit qu’un tour. Comme elle s’y attendait !
« Et pour quelle raison, je vous prie ?
- Avec la mort de votre patron, vous obtenez le contrôle total de Lafargues Corp.
- Je l’avais déjà avant… My Lord. »
Clarence nota le ton insultant de la jeune femme. Mais il ne broncha pas. Ce n’était pas la première personne qu’il rencontrait qui lui reprochait d’être noble. Sarah Andrasie reprit :
« Ma situation n’a pas changé le moins du monde depuis sa mort. De plus, je ne viendrais pas vous demander votre aide, si j’étais vraiment l’assassin.
- Ça, ça reste à voir, rétorqua immédiatement Clarence en posant ses coudes sur son bureau. Vous pourriez avoir envie de tromper l’ennemi, ou même de mettre des bâtons dans les roues de l’agent de Scotland Yard Annex. Certains d’entre eux n’aiment pas que quelqu’un travaille sur la même affaire qu’eux. »
Sarah resta un moment silencieuse, ne trouvant rien à répondre. Puis :
« Bon, admettons que vous ayez un minimum de subtilité… »
Clarence trouva la difficulté qu’elle avait à l’avouer plutôt amusante. La jeune femme croisa ses jambes. Comme Clarence l’avait déjà remarqué, elle portait un pantalon d’homme. D’ailleurs, la coupe au carré qu’arboraient ses cheveux blonds était actuellement excessivement à la mode chez les hommes.
« Enfin, quelles que soient mes motivations, je souhaite vous engager pour que vous trouviez l’assassin de Charles. Je vous paierais grassement. »
Clarence passa sur la question de l’argent, cela ne l’intéressait pas.
« Quand même… Je suis curieux de savoir pourquoi vous me demandez ça alors que vous avez un agent de SYA à votre disposition. Leur efficacité n’est pas à prouver, que je sache.
- Je vous dis que vous serez largement payé ! »
Le visage de Clarence se fendit d’un sourire ironique. Il fit un geste pour englober le magnifique bureau.
« Vous pensez sincèrement que j’ai besoin d’argent ? »
Sarah jeta un œil à la large baie vitrée qui donnait une vue imprenable sur New-SYA et son jardin. Elle s’abstint de pousser un grognement de rage.
« Les Chiens ! Je ne leur fais pas confiance. Ils sont à la botte du Triumvirat, ces trois pantins corrompus ! Il faut vraiment être crétin pour faire serment d’allégeance à pareil salaud. »
Lord Ascroft eut l’air contrit. Même s’il saisissait un peu mieux les raisons de Sarah Andrasie, il ne partageait pas franchement son avis. Il considérait la plupart des agents de SYA comme des héros de la société moderne et il n’aimait pas qu’on les insulte. Plus tard, il sonderait Bleacher pour savoir qui travaillait sur l’affaire Lafargues. Avec un peu de chance, il pourrait faire équipe avec lui… S’il acceptait l’offre de Mademoiselle Andrasie.
« D’autre part, cette vieille pie de Mylène a contacté Gilford Caspurian. Je déteste qu’elle prenne l’initiative ! D’ailleurs ce Caspurian est à la botte du Triumvirat, comme SYA, tout le monde le sait… »
Clarence se figea. Il décolla lentement ses bras de son bureau et regarda la jeune femme en fronçant les sourcils.
« Vous avez dit… Gilford Caspurian ?
- Oui. »
Le jeune Lord prit une profonde inspiration. Il devait prendre cette affaire en charge. C’était l’occasion ou jamais de faire ses preuves. Gilford Caspurian était son seul concurrent. Mais quel concurrent ! Tout le monde ne parlait que de lui, il était le grand maître, le Dieu des détectives, celui que tous les agents de SYA eux-mêmes admiraient, et celui que Clarence haïssait… Son ombre recouvrait tout Minstrel, tout Victoria, tout le Triumvirat ! On ne jurait que par le grand Gilford Caspurian. Et Clarence était caché juste derrière. Mais il était tellement grand que personne ne pouvait le voir ! La seule chance de Clarence, c’était de battre Caspurian dans un duel à la loyale. Et ce duel venait tout juste de lui être proposé. Clarence n’avait pas besoin de réfléchir davantage. Il se leva.
« J’accepte. »
Sarah ne savait ce qui avait finalement décidé le jeune homme et cela ne l’intéressait pas. Elle se leva et serra la main du jeune Lord.
« Parfait… My Lord. Rendez vous demain à la demeure familiale Lafargues, dans Black Friairs Road, et je répondrai à toutes vos questions. Je m’arrangerai pour que vous puissiez également interroger ma sœur et mes belles-sœurs. »
Sarah Andrasie salua Lord Ascroft avec une courtoisie glaciale et quitta son bureau.
Clarence s’étira et se leva de son fauteuil pour s’approcher de la grande baie vitrée. Il contempla la haute flèche blanche de New-SYA pendant quelques instants. Puis il revint à son bureau pour allumer une nouvelle fois sa console. Son doigt circulant sur l’écran holographique, il ouvrit un menu et chercha un nom dans ses contacts. Son index s’arrêta sur le nom « Simon Bleacher ». Il lança l’appel. Il n’attendit pas longtemps avant qu’on lui réponde et qu’une voix s’élève des haut-parleurs de son bureau.
« Inspecteur Simon Bleacher, Scotland Yard Annex. Que puis-je pour vous ?
- Vous parlez comme une standardiste, Simon.
- Ah ! Lord Clarence… Je me demande pourquoi je vous ai donné le numéro de mon bureau…
- Oui, moi aussi ça me fait plaisir de vous entendre, Simon. Bon, et si vous activiez le visuel ?
- Bien essayé My Lord. Mais vous savez parfaitement que personne n’a le droit de voir l’intérieur de New-SYA. »
Clarence soupira. Simon Bleacher était toujours si imperturbable.
« J’ai besoin de renseignements, Bleacher.
- Pour changer… Le Chat ?
- Non. J’aimerais savoir qui est sur l’affaire Lafargues.
- My Lord, avec tout le respect que je vous dois, cette information est confidentielle. En vous dévoilant ceci, je pourrais…
- … Compromettre l’enquête de l’honorable agent de SYA qui travaille actuellement sur cette affaire, je sais. Vous ne pouvez réellement rien me dire ?
- En l’occurrence, si. C’est moi.
- Ah ! Parfait ! Vous allez pouvoir travailler avec moi, Bleacher.
- C’est un immense honneur, My Lord, mais je dois vous avertir qu’on vient tout juste de me faire la même proposition. »
Clarence poussa un grognement de frustration.
« Caspurian…
- Oui. »
Clarence tapa du poing sur son bureau, agacé. Il n’avait jamais compris comment Bleacher pouvait si bien s’entendre avec cette crapule de Caspurian.
« Mais comment pouvez-vous être ami avec… avec ce… cet homme !
- Je vous assure, My Lord, que c’est un homme charmant et qu’il apprécierait de…
- … Travailler avec moi, jamais de la vie !
- Bon, me voilà dans une agréable position… C’est vous ou lui, n’est-ce-pas ?
- Exactement.
- Alors je choisis Caspurian. »
Le jeune détective se mordit la lèvre, se sentant subitement coupable.
« Non, attendez Bleacher ! Je ne voulais pas dire ça…
- Tiens donc ?
- Je ne vous oblige pas à faire un choix. C’est juste que je ne peux pas travailler avec lui, vous comprenez…
- Absolument pas. »
Clarence resta un moment silencieux, mal à l’aise.
« Bon très bien. J’accepte de coopérer… Pour l’instant.
- Parfait. »
Le jeune homme entendit l’amusement dans la voix de l’inspecteur de SYA. Une moue boudeuse déforma ses lèvres.
« Vous arrivez toujours à vos fins, Bleacher.
- Toujours, My Lord, vous le savez bien.
- Bien, alors je vous donne rendez-vous demain matin à neuf heures, Black Friairs Road. Amenez Caspurian si ça vous amuse… Même si je n’ai aucune envie de voir la tête de ce… sa tête.
- Je suis à vos ordres, My Lord. »
L’ironie était à peine perceptible dans la voix de Bleacher, mais Clarence le connaissait depuis assez longtemps pour l’entendre.
« À demain, Simon.
- À demain, Lord Clarence. »
Clarence coupa la communication. Il carra ses épaules dans son confortable fauteuil et réfléchit quelques secondes. Puis il entreprit de rassembler un maximum d’information sur la victime et son entourage. Il n’avait pas l’intention d’arriver chez la famille Lafargues la bouche en cœur et le cerveau vide.
Un homme comme Charles Lafargues devait avoir beaucoup d’ennemis. Cet homme avait trop d’argent pour n’avoir que des amis. De plus, il était issu d’une famille prestigieuse, nombreuse et très ramifiée… Clarence pouvait dès à présent établir une énorme liste de suspects. Aucun intérêt. D’ailleurs, Clarence procédait rarement de cette manière. Il préférait de loin aller au petit bonheur la chance, explorer une piste choisie plus ou moins au hasard et voir où elle mène. Mais il devait quand même rassembler un maximum d’informations. Et pour un homme public comme Lafargues, on en trouvait facilement et en masse. Scandale politique, scandale familial, scandale économique… Très vite, Clarence sentit ses yeux lui piquer à force de regarder l’écran de sa console de bureau. À une époque où tout était entièrement informatisé, Clarence était l’une des rares personnes à éprouver des difficultés à lire sur un écran. D’un geste agacé, il éteignit sa console et décida de chasser tout surplus d’information de son cerveau. Après tout, il verrait bien sur place. Évaluer la situation concrètement, voilà ce qu’il fallait faire. Le jeune homme se frotta les yeux et cala son dos sur le dossier de son fauteuil. Il ne tarda pas à s’endormir comme un bienheureux.

« Monsieur, veuillez sortir du bâtiment, nous allons procéder à l’entretien. »
Clarence ouvrit avec difficulté ses paupières. Il avait la bouche pâteuse et le menton humide. Combien de temps avait-il dormi ?
« Monsieur, veuillez sortir du bâtiment, nous allons procéder à l’entretien. »
Le jeune Lord cligna plusieurs fois des yeux et tourna son fauteuil vers la large baie vitrée. La nuit était tombée sur Minstrel et les lumières de la ville dansaient devant ses yeux. Il fit de nouveau pivoter son fauteuil pour regarder l’horloge de son bureau. Il était vingt-et-une heures.
« Monsieur, veuillez sortir du bâtiment, nous allons procéder à l’entretien. »
Clarence leva un regard agacé vers le droïde du service d’entretien de l’immeuble posté à la porte de son bureau. Il se leva et attrapa son manteau et son chapeau melon.
« Ça va, ça va, je sors.
- Nous vous remercions de votre compréhension.
- De rien, mon vieux. »
Clarence tapota la tête du droïde au passage.
« Monsieur, veuillez faire attention à ne pas abîmer le matériel. »
Le jeune homme haussa les épaules et sortit de la pièce. Qu’est-ce qu’ils étaient snobs, ces droïdes… Il prit l’ascenseur et sortit du bâtiment. L’air frais de la nuit le revigora. Il commença à marcher dans la rue tout en se demandant s’il devait choisir de rentrer chez lui en métro, au milieu de la chaleur humide du peuple, ou en taxi, conduit par un fou du volant bien décidé à vous rendre malade ? Rentrer à pied n’était pas envisageable dans une ville aussi immense que Minstrel. D’autre part, Clarence n’avait pas de voiture. Il ne savait pas conduire le moindre engin et ne voulait pas apprendre. C’était une responsabilité et un stress supplémentaires dont il estimait ne pas avoir besoin. Surtout quand on savait ce que ça pouvait être que de conduire un véhicule volant dans Minstrel. Clarence leva les yeux vers le ciel et fut pris de vertige en voyant les couloirs de circulation surchargés de lumières blanches et rouges, voguant à une vitesse folle. Une mélodie de klaxons planait en permanence sur Minstrel. Clarence cloua son regard sur le sol et s’immobilisa un instant. De constitution fragile, il avait le mal de tous les transports, le vertige, il était claustrophobe, agoraphobe, avait de nombreuses allergies et se méfiait naturellement de toutes sortes de machines. Bref, la vie était un enfer et parfois, Clarence envisageait sérieusement d’aller rejoindre le calme, la verdure et les petits oiseaux sur First Colony. Mais là-bas, on n’avait pas franchement besoin de détective privé. Dommage…
Clarence avait repris sa marche et prenait le chemin de la station de métro, par automatisme. Il ressassait les informations qu’il avait jugées nécessaires de retenir concernant l’affaire Lafargues. D’une part, la jeune femme qui était venue le trouver, Sarah Andrasie, était la sœur jumelle de l’épouse du défunt et tout à la fois la directrice de la Lafargues Corp. En se renseignant un peu plus sur le sujet, il avait constaté qu’il était en effet de notoriété publique que Lafargues avait depuis longtemps arrêté de gérer quoique ce soit pour céder sa place à Mademoiselle Andrasie. Mais Clarence n’avait pas l’intention de s’arrêter à la « notoriété publique ». Il y avait ensuite la veuve, Madame Hélène Lafargues, qui héritait de la majeure partie de la fortune et des biens de Charles Lafargues : elle aussi avait un magnifique mobile. D’autre part, il y avait les deux sœurs de la victime, qui vivaient depuis toujours à ses crochets, Mylène et Alice Lafargues. Elle aussi pouvait prétendre à un bel héritage. Clarence imaginait déjà deux vieilles filles aigries, tout droit sorties d’un autre temps… Il devait y avoir de l’animation dans la demeure familiale des Lafargues.
Clarence s’arrêta sur le quai, pensif, et attendit l’arrivée du prochain aérotrain. Sous la lumière verdâtre de la station, tous les vifs hommes et femmes d’affaires de la New-City avaient l’air maladifs. Clarence laissa planer son regard d’une silhouette guindée à l’autre. Deux hommes, devant lui, discutaient sérieusement. Le jeune homme tendit l’oreille, mû par sa curiosité naturelle.
« … Exactement comme je vous le dis !
- Vraiment ? Ce Chat ne manque pas de culot ! S’attaquer aux fondations de la Ludwig… C’est de la folie. Comment l’économie de la Station Rhéa va-t-elle s’en sortir après ce vol de fonds ?
- Mal, sans aucun doute. Pour la première, les habitants de Rhéa commencent à râler à propos des conditions de vie et de travail. On dit même que certains d’entre eux préparent une grève. »
Le deuxième homme secoua la tête, désapprobateur.
« Mais que cherche le Chat ? Il veut nous mettre une révolution sur les bras, ou quoi ? »
Furieux d’entendre ces vieux réactionnaires, Clarence s’écarta des deux hommes d’un pas vif pour se rendre à l’autre bout du quai. Certes, Clarence rêvait de mettre la main sur le Chat, gentleman cambrioleur des temps modernes. Mais ce n’était pas par amour de la justice. C’était un défi personnel. Pour sa part, Clarence admirait beaucoup la classe du personnage du Chat. C’était un voleur, certes, mais faire un tel pied de nez à la société Ludwig qui lobotomisait les habitants de la Station Rhéa, cela ne pouvait qu’attirer sa sympathie. Que les employés de la Ludwig sur Rhéa commencent à se rebeller un peu était bon signe, selon le jeune Lord. Mais, comme tout le monde, il savait que cela n’allait aboutir nulle part… Dommage. Peut-être qu’en donnant d’autres coups de pied dans la ruche…
L’aérotrain entra en gare et ralentit. Lorsqu’il s’immobilisa, les portes automatiques s’ouvrirent et les voyageurs montèrent à bord. Il y avait du monde à l’intérieur et Clarence commença à pâlir en sentant la lourde chaleur du wagon bondé. Lorsqu’il fut coincé entre une bonne femme grasse, empestant le parfum, et un grand bonhomme maigre qui puait malgré tout la sueur, le jeune homme sentit sa propre sueur perler à son front. Les portes du wagon se refermèrent et Clarence s’agrippa à une barre, son estomac commençait à se tordre. Le train commença une accélération continue qui donna la nausée au pauvre Lord. Le voyage lui parut durer une éternité.

« M’sieur, vous devez sortir, c’est le terminus… M’sieur ? »
La voix juvénile et féminine était devenue inquiète.
« M’sieur, vous allez bien ?
- Qu’est c’qui s’passe, Josiane ?
- Y a un p’tit monsieur, là. L’est tout blanc ! »
Un grand type un peu chauve entra dans le wagon.
« Nom de Dieu ! Eh ! M’sieur ! Vous voulez qu’on appelle un médecin ? »
Clarence leva lentement la main en signe de refus. Il avait trop peur de voir ses tripes se répandre sur le sol pour parler. Il porta doucement cette même main à sa bouche. Il fallait qu’il vomisse, tout simplement. Mais il était hors de question qu’il le fasse devant la jolie petite contrôleuse blonde. Elle était tellement mignonne, serrée dans son petit uniforme bleu… Le jeune Lord se leva lentement et sortit du wagon d’un pas à la fois raide et vacillant. Il rassembla toute sa dignité pour rejoindre les toilettes les plus proches.
« On dirait qu’il est bourré au whisky…
- Il est pas bourré, il pue pas l’alcool. »




Bah oui, c'est beaucoup plus long. V_v'

Sweet Snail · 142 vues · 5 commentaires
Catégories: Originaux.